Les mouches se cachent pour voler

Les mouches se cachent pour voler

Par Geneviève Martin

Lorsqu'on pense à l'arrivée prochaine d'un nouveau membre dans la famille, on peut souvent s'attendre à des cris, de la joie, de l'euphorie même ! Par contre, lorsqu'on attend un autre enfant APRÈS avoir eu un premier enfant qui s'est avéré être différent, cela prend une toute autre tournure...

Je rêvais d'avoir une grande famille. Tout plein d'enfants à table. De petits et des grands, se chamaillant, s'entraidant, s'obstinant et rigolant de tout et de rien. Je voulais les voir grandir et créer des liens entre eux. Savoir qu'ils seraient là les uns pour les autres lorsque nous serions partis. Je voulais enfin vivre les Noël qui m'ont tant manqués étant enfant... Je voulais sentir que je faisais partie de la famille, la mienne. 

Silence radio

Quand mon premier enfant est né, nous avons dû faire face à ce que j'appellerais de « Silence radio ». Le même silence malsain qui règne encore aujourd'hui lorsqu'il se désorganise en plein milieu de l'épicerie. Même les mouches se cachent pour voler. Un silence trop lourd et trop lugubre à porter mais que l'ont doit assumer, parce que oui, notre enfant est différent. 

En bout de compte, le temps passe, les amis reviennent peu à peu. Pas tous bien sûr, car la majorité se sont mystérieusement envolés tels des Mary Poppins en cavale. Mais pour ceux qui sont tout de même restés dans nos vies, qui ont eu le courage d'affronter la réalité, d'assumer qui notre enfant est et de voir toute la beauté qui se cache en lui, ils ont tranquillement su reprendre leur place. Ils se sont acclimatés et ils ont grandit si je peux dire, au même titre que nous en temps que parents. Le silence à laissé place à des non dits, puis des chuchotements. On a brisé la glace, on a parlé, on a pleuré, et on a pu enfin, avec une petite proportion de notre entourage, reprendre nos amitiés où on les avaient laissées. Les mouches ont reprit leur place à la maison comme à l'épicerie, et les regards des inconnus autrefois si troublants, on finit par disparaître à nos yeux.

 

Le petit dernier

Après avoir discuté longuement sur le sujet mon mari et moi, nous en sommes venus à la conclusion que nous voulions avoir un deuxième enfant. Un petit frère ou une petite soeur. On savait qu'il y aurait des chances pour que le cadet développe les mêmes caractéristiques que son frère. Et puis ? On l'adore son grand frère ! Alors, mouches pas mouche, nous nous sommes lancés !

Mais l'annonce du deuxième enfant qui était pour nous un cadeau tombé du ciel a été comme on peut dire accueillie comme une brique de plus dans nos vies. Et ça, ça été dur à digérer... On a pas choisit que notre enfant soit comme il est, mais nous l'aimons tel que la vie nous l'a offert et nous sommes heureux de nos vies. Nous nous étions donc préparés à recevoir le genre de commentaires qui feraient pâlir un flocon de neige.

Nous étions probablement naïfs de croire qu'il y aurait des questionnements et des commentaires, mais que le tout se tasserait au fil du temps. Or, pendant toute cette deuxième grossesse, j'ai dû rassurer mon entourage à l'effet que c'était notre choix, notre volonté, que nous étions préparés à toute éventualité, que tout allait être « correct », que nous allions l'aimer, peu importe sa condition. Mais encore là, nous avons crus que suite à l'accouchement, tout rentrerait dans l'ordre.  

NaÏveté...

Après l'accouchement, les mouches se terraient encore dans leur terrier histoire de ne pas faire trop de bruit et notre entourage aussi. Nous vivions bien la situation car nous étions habitués à la solitude alors ce n'était pas quelques mois de plus qui allait changer quoi que ce soit. Surtout que nous étions pleinement conscients qu'en fait, les gens sont juste malhabiles, ils ne veulent pas nous déranger, ils savent que nous en avons plein les bras, et eux, ça leur brise le coeur de voir un enfant handicapé... Donc nous nous disions, bien heureux, que tout reprendrait son cours normal et que les mouches reviendraient graviter dans nos fruits, histoire de faire un peu de musique dans nos vies.

Au bout de quelques mois, mon mari a reprit du travail, mes enfants allaient bien et moi, malgré un léger post partum, je remontais la pente tranquillement. Un soir, mon mari m'avoue qu'il trouve ça dur... On lui lance constamment des phrases du genre : « Pi ton p'tit, yé tu correct ? Y va tu être correct ? Yé tu normal ?? »

Et là, les bras me sont tombés à terre et les mouches on juste déménagées, trop tannées de se cacher pour voler... Un autre silence venait de rejaillir. Un silence plus dur à porter que bien des maux... Parce qu'on va se le dire, bien que notre premier soit si particulier, il est aussi extraordinaire et on l'adore ! Alors pourquoi comparer les deux ? Pour nous, les deux sont corrects, ils sont bien beaux, très gentils, avec un coeur en or ! Alors, on a prit notre courage à deux mains et on a fait une mise au point sur les réseaux sociaux, histoire de calmer l'entourage. Notre bébé n'avait que quelques mois, alors on ne pouvait juste pas répondre à toutes ces questions maladroites...

Puis, nous avons encore une fois essuyé des rejets de gens qui ne comprenaient pas nos choix et qui préféraient sortir de nos vies plutôt que d'essayer d'envisager un autre point de vue. Nous avons respecté ce choix qui nous déchirait mais qui en même temps était compréhensible... On ne pourrait plus se plaindre après tout, on savait à quoi s'en tenir...

2 ans plus tard...

Voilà que deux années ont passées et nous venons de sortir du bureau de la pédopsychiatre... Et non, ce n'était pas pour le plus vieux... Est-ce que notre enfant va être correct et est-ce qu'un jour le bruit routinier des mouches volant bruyamment se fera à nouveau sentir à notre arrivée ? Il est trop tôt pour le dire. Mais une chose est sûre, nous nous sentons choyés d'avoir la chance de vivre aux côtés de ces petits être si exceptionnels. Seront-ils au crochet de la société ? Seront-ils de futurs ingénieurs novateurs ? Peu importe. Mon bonheur, je le vis au quotidien et je regarde vers l'avant avec fierté car je sais qu'ils sauront relever tous les défis.

Je crois qu'on doit arrêter de porter un jugement sur les parents qui décident d'agrandir leur famille, même s'ils ont eu un premier enfant avec des particularités. Chaque enfant est différent, et même si vous avez cinq enfants en parfaite santé, rien n'empêchera qu'un jour, un de vos enfant décède ou qu'un aille un accident qui l'handicap pour la vie. Si on doit s'arrêter à la perfection, nous n'irons pas très loin dans la vie... C'est un tabou que l'ont doit briser. Arrêtons de culpabiliser ces familles qui sont de toutes façons aimantes pour leurs enfants. Si jamais un jour mon deuxième enfant obtient un diagnostic, j'aurai le droit d'avoir à vivre un deuil et d'avoir besoin d'en parler. Ce n'est pas parce qu'on s'attend à quelques choses qu'on ne vivra aucune émotion le jour venu. Les parents d'enfants différents ont besoin de leur entourage pour les supporter, les accompagner, mais surtout, SURTOUT, les RESPECTER dans leurs choix.

Maman vous aime mes amours... Continuez de voler mes petites abeilles... Je resterai à La Ruche avec votre papa pour vous supporter jour après jour.

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Commentaires

  • Valerie - November 02, 2020

    Très bien dit 😍
    On vit sensiblement la même chose ici et ça me fait du bien de te lire .

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