Le choix

Le choix

Par Stéphane Talbot

Vous êtes-vous déjà retrouvé devant un si grand dilemme qu'il vous était presque impossible de trancher ? Étant une personne vivant avec un Trouble Déficitaire de l'Attention (TDA), je dois jongler avec ce problème tous les jours et ce, même dans les choix les plus anodins qui soient. Cette problématique fait partie intégrante de mon quotidien depuis mon plus jeune âge.

Par exemple, lorsque j'étais adolescent, si je devais choisir entre manger une pomme ou une banane, je ressentais toujours un grand malaise. La pomme va être bonne, mais la banane pourrait l'être autant. Et lorsque je finissais par me décider,  ça me prenait toute mon énergie pour me faire à l'idée sachant que je pouvais regretter d'avoir choisi l'un ou l'autre. 

Étant un grand amateur de jeux vidéo, je louais régulièrement des jeux au club vidéo du coin. Encore une fois, le choix que je devais faire était fastidieux et ça me prenait énormément de temps. « Celui-ci a l'air bien, mais l'autre semble avoir plus d'action... » Après avoir fait mon choix après 25 à 30 minutes d'expédition dans les rangées, je retournait toujours à la maison en me demandant si j'avais fait le bon choix. Une fois installé devant le téléviseur, manette en main, je devais maintenant décider du camp dans lequel je serais, les gentils ou le camp adverse. Et croyez-le ou non, je ne choisissais jamais le côté des méchants pensant que cela serait immoral et que le camp des gentils serait possiblement peiné sachant que je ne serais pas avec eux pour les épauler. Et oui ! Ça allait jusque là ! Enfin, après toutes ces heures perdues, je commençais à jouer. Mais au bout d'une dizaine d'heures investies, je m'apercevais souvent que j'avais oublié de faire une action du jeu importante qui m'empêcherait d'avoir la partie parfaite. Donc, je recommençais depuis le début et ce, jusqu'à ce que tout soit PARFAIT. Et même aujourd'hui, à 37 ans, il m'arrive encore de me laisser emporter dans ce manège.

Vient ensuite le choix de carrière. Le choix le plus important de votre vie qui va, en principe, mettre la table pour votre avenir. La plus part des gens ont une idée de ce qu'ils veulent faire dans la vie. Moi, le choix était flou. J'avais une certaine difficulté académique vu mes nombreuses pertes de concentration en classe. Légèrement naïf, je croyais vraiment qu'en optant pour le métier d'archéologue, que je vivrais des aventures comme Indiana Jones. Mais la réalité est toute autre. 

Une fois redescendu sur terre, je dû revenir au point de départ et faire une introspection sur mes intérêts qui sont malheureusement très restreints. Je suis passionné des jeux vidéos, mais à cette époque, il n'y avait pas encore de studio au Québec et je ne connaissais pas vraiment toutes les possibilités de carrière reliés à ce domaine. De plus, les jeux vidéos étaient souvent perçus comme un passe-temps pour les nerds et les fainéants. Alors que moi, je ne m'identifiais pas vraiment à ces gens là. En fait, j'avais beaucoup de préjugés ancrés à cette époque.

Le théâtre était un domaine dans lequel je me plaisais bien car j'avais un certain talent. J'avais d'ailleurs obtenu plusieurs petits rôles dans des comédies musicales semi-professionnelles ainsi que dans la troupe de théâtre de l'école. Or, je n'avais pas assez de confiance en moi pour tenter de passer une audition dans une grande école dédiée à ce métier.

J'aime aussi tout ce qui touche à l'histoire. Cependant, quels étaient les débouchés ? Je n'avais pas la maturité nécessaire pour faire un choix éclairé. Être professeur d'histoire ne m'attirait pas vraiment... Comme j'avais fait le tour de tous mes champs d'intérêts, j'étais face à un mur. Le néant total.

J'ai décidé d'aller étudier en Sciences humaines en me disant que je trouverais bien quelques choses pour moi. Après seulement une session non complétée, j'ai tout lâché par manque de motivation. En y repensant bien, je réalise aujourd'hui que j'ai eu une grande difficulté d'adaptation dû au fait que je n'étais pas préparé à un environnement moins structurant, contrairement au secondaire.

Deuxième essai, je suis parti de la maison familiale pour étudier en Arts et Lettres, concentration Cinéma au Collège François-Xavier-Garneau à Québec. Et je suis arrivé au même résultats car il y avait trop de cours qui ne touchaient pas réellement au cinéma. Pour moi, un cours sur l'histoire de l'art, ça n'avait rien à voir avec le cinéma ! Pour y arriver, il aurait probablement fallut que je fréquente une école entièrement dédiée au cinéma.

À la troisième tentative, encore une fois en Sciences humaines, je croyais que c'était la bonne. Je savais où je m'en allais pour la première fois. Et devinez quoi ? Même constat. Je ne trouvais pas ma place nul part et je ne comprenais tout simplement pas pourquoi. Je voulais réellement compléter des études post-secondaires, mais ce n'était pas une grande priorité à la maison. On m'encourageait dans mes études mais, en même temps, on me rappelait souvent que le marché du travail n'attendait que moi.

Après ces maintes tentatives, j'ai finalement trouvé un travail dans une entreprise industrielle dans laquelle le salaire est satisfaisant. Les années passaient et je ne me comprenais pas plus. En 2013, lors d'une dépression accompagnée d'une fatigue accumulée, j'ai pu faire un test de dépistage du TDA qui s'est avéré positif. À ce moment, tout est devenu plus clair ! Ce fut vraiment une révélation pour moi.

J'ai maintenant 37 ans, je vis avec un trouble déficitaire de l'attention avec impulsivité et malgré le fait que je suis sous médication, je trouve toujours aussi difficile de devoir faire ces choix anodins. Si on avait décelé cette particularité lorsque j'étais adolescent, je me demande encore aujourd'hui si je serais dans le même domaine professionnel ? Aurais-je eu l'encadrement nécessaire qui aurait pu changer la donne ? Probablement...

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