Brûler la chandelle par les deux bouts

Brûler la chandelle par les deux bouts

Par Martine-France Losier

Aujourd’hui, je vais vous parler de quelque chose d’important dans ma vie de maman monoparentale. Pendant 14 ans, j’ai joué à la super maman d’enfant handicapé…

Je me battais pour tout : Les services quasi-inexistants, les terrains de jeux, l’école, les nombreux appels de médecins, etc. Bref, j’étais jeune, je me croyais invincible et par-dessus tout ça, j’occupais un emploi à temps plein. Je dormais à peine 2 heures par nuit car fiston avait besoin d’être tourné 30 fois minimum par nuit, le respirateur criait pour rien, les masques fuyaient… Donc j’étais debout une partie de la nuit.

Est alors arrivé l’opération que je ne voulais jamais que mon fils aille, soit lui redresser la colonne vertébrale. Je savais déjà que ça allait être difficile car il pouvait y passer. Je savais que la convalescence serait aussi pénible pour lui et pour moi mais je devais passer par là… Il s’en suivit un mois à l’hôpital à dormir (Ha, ha, ha ! Dormir, quel beau mot…) sur un divan pliable. Quel confort…

Après ce mois de stress intense et une fracture au poignet car je suis tombée évanouie en le voyant branché de partout.. Nous sommes revenus à la maison en croyant que ce calvaire était derrière nous et que d’ici quelques temps, je pourrais revenir au travail et lui à l’école. Mais ce ne fut pas le cas. La douleur pour lui était si intense qu’il dormait à peine et il était toujours cloué au lit, prisonnier de son corps… De mon côté, je survivais à tout ça sans dormir, sans aide, du moins à la maison. Par chance, à Québec, les grand-parents étaient présents. Ma mère est venue à ma rescousse et à sept-Îles, le grand-père veillait au soins de ma maison.

Un beau soir, épuisée, mon chéri m’a trouvé par terre… Je respirais à peine… Complètement exténuée… Il a eu la bonne idée d’appeler le service Info-Santé 811 pour leur raconter mon histoire dans les moindres détails. Ça faisait longtemps que je criais à l’aide sans que personne ne fasse rien… On me disait « Tu es une bonne mère, on se demande comment tu fais pour faire tout ça ». J’étais en quelque sorte un clown triste qui cachait bien sa fatigue et sa peine. Mais j’étais alors au bout du rouleau…

Quelque jours après cet appel, les démarches ont débutées pour que je reçoive l’aide d’un ou d’une préposée et des services pour moi, pour parler à quelqu’un qui pourrait bien m’écouter. Un préposé, ça mange quoi en hiver et on trouve ça comment ? Mon besoin était que je puisse récupérer un peu… J’ai eu une liste de noms de personnes qui étaient disponibles pour aider mais aucun de la liste ne voulait travailler de nuit et ce n’est pas fait pour tout le monde. Trouver un préposé c’est aussi rare que de gagner à la loterie. J’ai tout essayé les noms… Certains étaient décédés, déjà au travail ou ne voulaient tout simplement pas car c’est un cas lourd à gérer en soins.

J’étais désespérée. Je ne voyais pas la lumière au bout du tunnel. Mais comment j’allais pouvoir m’en sortir seule ? J’en étais rendu à vouloir faire ce que l’on me proposais depuis très longtemps soit, placer mon fils… Mais j’en étais pas capable du tout. Je me suis dit : « Un jour, je vais trouver… » J’en ai mis des annonces sur Facebook mais ça ne marchait pas. Je ne trouvais pas…

Puis, j’ai reçu l’appel d’une amie à moi qui vit la même chose avec ses deux enfants malades. Elle me disait que son frère cherchait un emploi et qu’il serait sûrement intéressé à essayer. J’en ai pleuré de joie ! Je me suis dit qu’on allait essayer, que j’allais passer par dessus mon orgueil et accepter que quelqu’un m’aide. J’ai trouvé la perle rare. Il a décidé de rester et il adorait son travail ce qui m’a permis de récupérer un peu. Malgré mon inquiétude, il s’est formé un lien entre lui et fiston. Tout allait bien.

Mais j’ai encore brûlé la chandelle par les 2 bouts… Mon fiston ayant commencé à avoir des troubles de comportement à l’adolescence et dû à sa maladie faisait des crises épouvantables. J’ai perdu mon préposé… Je me suis encore mise à terre. Même le jour ça n’allait pas, je n’y arrivais plus du tout… Ma santé en a écopée. Je pleurais et je paniquais quand j’étais seule. On m’a donc offert encore le placement que j’ai encore une fois refusé. À cause du Covid, si je prenais un répit, je n’aurais pas pu revoir mon fils avant la fin de ce virus. Ce n’était alors pas pour moi une alternative. J’ai besoin de mon fils comme il a besoin de moi. J’ai juste besoin d’une aide physique…

Viens encore une série de publications Facebook pour en trouver un autre mais sans être capable d’y arriver. Mon copain a alors décidé, pour un moment, de m’aider du mieux qu’il pouvait mais en ayant lui aussi une famille à s’occuper. Je savais que ça serait temporaire mais j’ai apprécié chaque moment de repos. De plus, la présence d’un homme à la maison était positive pour mon garçon et pour les travaux physiques aussi. Après plusieurs réflexions, nous avons décidé qu’il fallait que je me trouve quelqu’un d’autre. Être amoureux et employé, même si on habitait pas ensemble, c’était difficile car nous avions chacun une famille à nous occuper. Et côté salaire, un préposé ça ne gagne pas super cher de l’heure…

J’ai donc recommencé mes démarches sur Facebook et la liste d’appel du CLSC. Par chance, j’ai trouvé quelqu’un qui débute prochainement et j’espère que ça va aller et que fiston va accepter qu’une autre personne entre dans sa vie… La santé n’a pas de prix et il ne faut pas brûler la chandelle par les deux bouts. Surtout, demandez de l’aide avant qu’il ne soit trop tard…

 

 

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Commentaires

  • Michèle Dompierre - September 08, 2020

    Vous êtes une super maman et je comprends votre point de vue concernant la Covid. Je vous souhaite de trouver une personne competente et fiable le plus tôt possible et à vous, beaucoup de sommeil.

  • Michèle - September 08, 2020

    Vous êtes une super maman. Je vous souhaite de trouver une personne compétente et fiable le plus rapidement possible et beaucoup de sommeil pour vous.

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